Handicap en entreprise : obligations des employeurs | L’AVanCée

En entreprise, le handicap reste souvent un sujet délicat, bien que présent partout. Par exemple, selon l’Agefiph, 1 salarié sur 6 se trouve concerné par une maladie chronique évolutive. Aussi, pour éviter les numéros d’équilibriste au-dessus du vide, les obligations légales donnent un cadre indispensable pour l’employeur.
C’est essentiel, car derrière les chiffres, j’observe fréquemment sur le terrain des situations très concrètes : un retour après maladie, un poste à adapter, un manager qui ne sait pas comment faire.
Alors, que dit réellement la loi ? Et surtout, comment passer d’une obligation légale à une démarche utile, humaine et efficace ?
Dans cet article, vous trouverez toutes les réponses à vos questions concernant :

  • les obligations employeur à connaître,
  • les risques en cas de non-respect,
  • et surtout, les pistes concrètes pour agir.

Quelles lois encadrent le handicap en entreprise ?

L’évolution du cadre légal s’observe à travers 4 moments clés :

  • L’évolution du cadre légal s’observe à travers 4 moments clés :
  • La loi du 10 juillet 1987 est la première loi à imposer un quota d’emploi de travailleurs en situation de handicap.
  • Elle est renforcée et élargie par la loi du 11 février 2005 sur le handicap.
  • La loi de 2018 impose la nomination d’un référent handicap pour toute entreprise d’au moins 250 salariés.
  • Enfin, la législation s’est encore modernisée avec la réforme de 2020, qui a modifié le mode de calcul, de déclaration et les modalités de contribution.

Qu’est-ce que l’OETH ?

Toute entreprise d’au moins 20 salariés est soumise à l’OETH. Cette obligation impose d’employer des personnes en situation de handicap à hauteur de 6 % de l’effectif total (soit un taux d’emploi de 6 %). Ce seuil s’apprécie au 31 décembre de chaque année civile.

Depuis la réforme de 2020, toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, ont l’obligation d’effectuer une déclaration obligatoire emploi handicapés (DOETH) chaque année via la DSN (Déclaration Sociale Nominative). Même les structures de moins de 20 salariés doivent déclarer, bien qu’elles ne soient pas soumises à l’obligation de quota.

Qui sont les bénéficiaires de l’OETH (BOETH) ?

Les bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOETH) comprennent notamment :

  • les salariés reconnus travailleurs handicapés par la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH), via la RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé) ;
  • les titulaires de la carte mobilité inclusion mention invalidité ;
  • les bénéficiaires de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) ;
  • les victimes d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ayant entraîné une incapacité permanente d’au moins 10 % ;
  • les titulaires d’une pension d’invalidité (2e ou 3e catégorie) ou militaire ;
  • les sapeurs-pompiers volontaires victimes d’un accident ou d’une maladie contractée en service.

L’employeur peut remplir son obligation d’emploi de 3 façons, combinables entre elles.

L’embauche directe

La voie la plus directe est le recrutement inclusif de travailleurs handicapés (CDI, CDD, temps plein ou partiel, intérim, alternance…). Chaque bénéficiaire de l’OETH employé est comptabilisé dans le calcul du taux.

Le recours au secteur protégé et adapté (STPA)

Les achats de biens ou services auprès d’Entreprises Adaptées (EA), d’Établissements et Services d’Aide par le Travail (ESAT) ou de travailleurs indépendants en situation de handicap permettent de réduire la contribution à l’Agefiph (dans la limite d’un certain montant déductible). C’est une option complémentaire, notamment pour les entreprises qui peinent à recruter directement.

La conclusion d’un accord collectif agréé

Les entreprises peuvent négocier un accord collectif de branche, de groupe ou d’entreprise portant sur l’emploi des personnes handicapées. Cet accord doit être agréé par l’État et comporter un plan d’action sur plusieurs axes (embauche, maintien dans l’emploi, formation, réaccueil après arrêt…). Il exonère de la contribution à l’Agefiph pendant sa durée de validité.

Point de vigilance

Le recours au secteur protégé ne remplace pas une politique interne d’inclusion. C’est souvent un complément, mais rarement une solution durable à lui seul.

La contribution financière à l’Agefiph ou au FIPHFP

En cas de non-respect du taux de 6 %, l’employeur verse une contribution financière annuelle à :

  • l’Agefiph (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées) pour le secteur privé ;
  • le FIPHFP (Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique) pour le secteur public.

Le montant de la contribution financière AGEFIPH varie selon la taille de l’entreprise et l’écart au quota légal. Les entreprises n’ayant employé aucun travailleur handicapé depuis plus de 3 ans (et n’ayant conclu aucun contrat avec le STPA) sont soumises à une contribution majorée pouvant atteindre 1 500 fois le SMIC horaire par unité manquante (source : Agefiph, 2024).

Les autres risques : juridiques et sociaux

Au-delà de la contribution, les employeurs s’exposent à des risques sociaux et juridiques plus larges :

  • Des procédures prud’homales en cas de discrimination à l’embauche, au maintien ou à l’évolution professionnelle d’un salarié handicapé (non-respect de l’obligation d’aménagement raisonnable du poste de travail notamment) ;
  • Des enquêtes ou mises en demeure de l’Inspection du travail en cas de manquements graves ;
  • Un impact négatif sur la marque employeur et la réputation de l’entreprise, dans un contexte où les candidats et les partenaires sont de plus en plus attentifs aux engagements RSE.

Selon le Baromètre handicap 2023, le taux d’emploi des travailleurs handicapés dans le secteur privé atteignait 3,7 %, encore loin des 6 % requis par la loi, signe que beaucoup d’entreprises restent exposées à la contribution.

Nommer un référent handicap

La nomination d’un référent handicap en entreprise est obligatoire dans les entreprises d’au moins 250 salariés depuis la loi de 2018. Ce référent est chargé d’orienter, d’informer et d’accompagner les salariés en situation de handicap. Il constitue l’interlocuteur central entre le salarié, les managers, les ressources humaines et les partenaires externes (médecine du travail, Agefiph, MDPH…).

Effectuer la déclaration DOETH

La déclaration obligatoire d’emploi des travailleurs handicapés (DOETH) doit être réalisée chaque année via la DSN de février (pour l’exercice de l’année précédente). Elle recense le nombre de BOETH employés et calcule le montant de la contribution éventuelle. Cette déclaration est automatisée pour les entreprises utilisant un logiciel de paie conforme.

Adapter le poste de travail

L’employeur a l’obligation de prendre des mesures appropriées au handicap (ou « aménagements raisonnables ») d’adaptation des postes de travail. Le but ? Permettre aux salariés handicapés d’exercer leurs fonctions dans de bonnes conditions. Son refus sans justification peut constituer une discrimination et engager la responsabilité de l’employeur.

 Cela peut inclure :

  • des aménagements matériels (fauteuil ergonomique, logiciels adaptés, signalétique, accessibilité des locaux…) ;
  • des aménagements d’horaires ou d’organisation du travail, y compris le télétravail pour les personnes handicapées ;
  • la consultation de la médecine du travail pour définir les restrictions et préconisations.

Les aides de l’Agefiph et du FIPHFP

L’Agefiph (secteur privé) et le FIPHFP (secteur public) proposent des aides financières pour entreprises couvrant :

  • l’aide à l’embauche d’un travailleur handicapé (prime à l’insertion) ;
  • le financement partiel ou total de l’aménagement de poste ;
  • la prise en charge de formations spécifiques pour le salarié ou les managers ;
  • les aides au maintien dans l’emploi (bilan de compétences, reclassement, adaptation du poste…) ;
  • le financement de missions d’accompagnement par des professionnels spécialisés.

Selon l’Agefiph, plus de la moitié des aménagements de poste coûtent moins de 500 €, et la majorité sont pris en charge en totalité ou en grande partie. La réduction des freins à l’embauche passe aussi par la diffusion de ces informations au sein des équipes.

La RQTH et les droits des salariés

La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) est une démarche volontaire, effectuée par le salarié auprès de la MDPH. Elle ouvre des droits spécifiques :

  • une majoration du Compte Personnel de Formation (CPF : 800 €/an au lieu de 500 €, plafond porté à 8 000 €) ;
  • un accès prioritaire à certains dispositifs de formation et d’insertion professionnelle ;
  • une protection renforcée contre le licenciement abusif (obligation de consultation du médecin du travail) ;
  • un départ anticipé à la retraite, sous conditions.

Pour rappel, la confidentialité des informations liées au handicap est protégée par la loi. Aucun salarié n’est tenu de révéler son handicap à son employeur.

Cap Emploi et autres acteurs

Les entreprises peuvent également faire appel à :

  • Cap Emploi : réseau national spécialisé dans l’insertion professionnelle des personnes handicapées, qui accompagne employeurs et candidats dans la démarche de recrutement inclusif ;
  • les SAMETH (Services d’Appui au Maintien dans l’Emploi des Travailleurs Handicapés), fusionnés depuis 2018 avec Cap Emploi et les services de santé au travail ;
  • les associations spécialisées et les experts en inclusion, qui peuvent accompagner les entreprises dans leur stratégie d’intégration des travailleurs handicapés et la mise en place de leur politique handicap ;

le site officiel monparcourshandicap.gouv.fr pour une vue d’ensemble des aides et démarches disponibles.

Obligation / DémarcheQui est concerné ?Détails / Source
OETH – Taux de 6 %Entreprises ≥ 20 salariésEmployer 6 % de BOETH sur l’effectif total (Art. L5212-2 du Code du travail)
Déclaration DOETH (DSN)Toutes les entreprisesDéclaration mensuelle via DSN ; calcul de la contribution annuelle (Réforme 2020)
Contribution Agefiph / FIPHFPEntreprises ≥ 20 salariés n’atteignant pas le quotaMontant variable selon effectif et écart au quota ; majoration si aucun BOETH depuis 3 ans (source : Agefiph)
Référent handicapObligatoire ≥ 250 salariés ; recommandé pour toutesInformation, orientation et accompagnement des salariés BOETH (Loi 2018)
Aménagement raisonnable du posteTout employeur dès qu’un BOETH est concernéObligation légale (Art. L5213-6 CT) – refus = risque de discrimination ; consultation médecine du travail recommandée
Non-discrimination à l’embaucheTous les employeursArt. L1132-1 du Code du travail – sanctions pénales (3 ans de prison / 45 000 € d’amende)
Accord collectif agrééEntreprises souhaitant s’exonérer de la contributionAccord de groupe, branche ou entreprise – exonération pendant la durée de l’accord (source : Légifrance)
Aides financières Agefiph / FIPHFPTous les employeursEmbauche, aménagement de poste, formation, apprentissage, maintien dans l’emploi (source : agefiph.fr)

Vous aimeriez connaître les bonnes pratiques ? Voici 3 actions handicap en entreprise à mettre en œuvre pour solidifier sa culture inclusive.

1. Structurer sa politique handicap

Une politique d’inclusion durable repose sur un diagnostic interne, un pilotage structuré et une vision partagée. Vous pouvez faire appel à un cabinet de conseil en inclusion pour vous faire accompagner. Cette démarche inclusive en entreprise génère des bénéfices concrets :

  • amélioration du climat social et réduction du turn-over ;
  • renforcement de la marque employeur (impact sur la marque employeur prouvé par plusieurs études RH) ;
  • meilleure anticipation des situations de vulnérabilité au sein des équipes ;
  • impact économique de l’inclusion positif : des talents mieux intégrés sont plus engagés et productifs.

2. Se former et sensibiliser ses équipes 

Dans beaucoup d’entreprises, les managers se retrouvent seuls face à ces situations, sans repères clairs. La formation en entreprise est un levier à ne pas négliger. En effet, les stéréotypes et les peurs liés au handicap freinent l’embauche et le maintien dans l’emploi. La sensibilisation au handicap des managers et équipes permet de :

  • réduire les discriminations involontaires au quotidien ;
  • favoriser l’expression des besoins d’adaptation sans stigmatisation ;
  • créer un environnement de travail inclusif où chacun peut s’exprimer pleinement.

Des interventions dédiées, telles que des conférences, ateliers, mises en situation, constituent un premier pas efficace pour changer le regard et enclencher une réduction des discriminations durable.

3. Accompagner le maintien et le retour à l’emploi

Beaucoup d’employeurs pensent encore que l’OETH se limite à un quota à atteindre par le recrutement. En réalité, les situations les plus complexes concernent souvent le maintien ou le retour dans l’emploi, notamment après un arrêt longue maladie.

En effet, près de 85 % des situations de handicap surviennent au cours de la vie. Le maintien dans l’emploi ou le retour au travail après une longue maladie peut donc potentiellement toucher tout collaborateur, à tout moment. Mal préparé, le réaccueil fragilise la relation au travail ; bien accompagné, il sécurise durablement le retour du salarié et l’entreprise.

Pour vous y aider, des professionnels spécialisés proposent des accompagnements en entreprise spécialisés dans l’accueil et le réaccueil.

À retenir : du respect de la loi à l’inclusion choisie

Respecter la loi est une première étape.

Mais sur le terrain, les entreprises qui avancent vraiment sont celles qui acceptent de se poser une autre question : comment accompagner concrètement leurs équipes face à des situations parfois complexes ? C’est là qu’un accompagnement peut se révéler nécessaire.

Vous souhaitez aller plus loin dans votre démarche d’inclusion ? Découvrez la méthode REACTive pour aider votre entreprise et vos équipes à accueillir ou réaccueillir les travailleurs en situation de handicap.

Sources : service-public.fr, Légifrance, Agefiph (agefiph.fr), FIPHFP, Dares, monparcourshandicap.gouv.fr, ministère du Travail.