Quel retour au travail après une lésion cérébrale ?

Reprendre le travail après une lésion cérébrale – le plus souvent un traumatisme crânien ou un AVC – est souvent perçu comme une victoire. Ou une obsession : « je dois reprendre à tout prix ». Mais c’est aussi une étape qui soulève de nombreuses questions, des doutes et des peurs.

Quand est-on prêt ? Comment retrouver sa place ? Peut-on travailler comme avant ?

Au fil de mes accompagnements, je rencontre des personnes qui veulent retrouver leur vie d’avant. Je comprends profondément ce désir. Je l’ai moi-même ressenti après mon AVC en 2021. Avec le recul, je réalise que je poursuivais un objectif impossible : redevenir exactement celle que j’étais, alors que mes capacités n’étaient plus les mêmes.

Aujourd’hui, j’ai envie de transmettre un autre message : reprendre le travail après un AVC ou un traumatisme crânien, ce n’est pas une perte de compétence. Réintégrer un collaborateur cérébrolésé, ce n’est toujours pas une perte de compétence. Et si c’était plutôt une invitation à revoir – individuellement et collectivement – son rapport au travail ?

AVC - Marine Chosson

Qu’est-ce que cela signifie d’être cérébrolésé ?

Une cérébrolésion correspond à une atteinte acquise (c’est-à-dire qui survient après la naissance) du cerveau. Elle peut être provoquée par un traumatisme crânien, un AVC ou d’autres causes neurologiques.

Les conséquences sont très variables d’une personne à l’autre. Certaines séquelles sont visibles. D’autres sont invisibles :

  • Fatigue importante,
  • Difficultés de concentration et troubles de la mémoire,
  • Ralentissement dans le traitement ou difficulté à gérer plusieurs tâches en même temps,
  • Hypersensibilité au bruit…

Ces symptômes peuvent persister longtemps et avoir un impact sur la vie quotidienne comme sur la vie professionnelle. Parce qu’elles ne se voient pas, ces difficultés sont parfois mal comprises. Une personne peut sembler « en forme » alors qu’elle mobilise énormément d’énergie pour accomplir des tâches qui lui étaient autrefois naturelles. Ce handicap invisible explique parfois certains malentendus au sein de l’entourage ou de l’entreprise.

Quand reprendre le travail après une lésion cérébrale ?

La reprise du travail après un AVC ou un traumatisme crânien dépend de l’évolution médicale, des séquelles, du poste exercé, mais aussi du vécu de chacun. Elle se prépare avec les professionnels de santé qui suivent la personne et ne devrait jamais être décidée dans la précipitation.

Or la tentation de revenir trop vite est fréquente. On ne veut pas pénaliser son entreprise. On culpabilise de son absence. On souhaite retrouver son utilité. Je comprends cette impatience – je l’ai ressentie moi aussi. Pourtant, avec l’expérience, je suis convaincue d’une chose : aucune urgence professionnelle ne mérite de compromettre sa récupération. Aucun travail ne mérite d’y laisser sa santé.

Au-delà de l’avis médical, une autre question mérite d’être posée : « ai-je réellement envie de reprendre maintenant ? ». Après une Lésion Cérébrale Acquise (LCA), les repères changent parfois. Ce qui donnait du sens avant n’en donne plus forcément aujourd’hui. Et ce n’est pas un échec. On reprend une vie qui a été bouleversée – il y a aussi un deuil à traverser. Certaines difficultés peuvent rester présentes, même lorsque l’on reprend une activité. L’objectif n’est donc pas de faire comme si rien ne s’était passé : il est de trouver une manière de travailler compatible avec sa santé et ses aspirations.

avc - marine chosson

Comment réussir sa reprise du travail après un AVC ou un traumatisme crânien ?

Dans les accompagnements que je propose, cette réflexion s’appuie sur le modèle REACT.

Un retour progressif

Avant la reprise, la priorité est de prendre le temps de la récupération.

Lorsque le retour au travail devient envisageable, il gagne à être préparé progressivement, toujours avec l’accord du médecin et en respectant ses recommandations. Reprendre un lien avec l’entreprise en amont d’un éventuel retour ne doit pas empêcher de se concentrer sur sa rééducation.

Selon les situations, un temps partiel thérapeutique peut permettre de reprendre une activité tout en poursuivant sa réadaptation.

Je rappelle souvent que progresser lentement ne fait pas perdre de temps. Au contraire, c’est souvent ce qui évite de rechuter à nouveau quelques semaines ou mois plus tard… plus gravement encore.

Un retour adapté

La reprise ne repose pas uniquement sur la personne concernée. L’entreprise a également un rôle essentiel. Elle peut adapter la fiche de poste, l’organisation et l’environnement de travail ou encore les missions, lorsque c’est nécessaire.

Ces aménagements de poste de travail se construisent dans le temps et le dialogue, en tenant compte des besoins réels de la personne et des possibilités de l’entreprise. Pour les managers et les équipes, cela suppose aussi de mieux comprendre le handicap invisible. Les difficultés cognitives ou la fatigabilité ne sont pas un manque de motivation ou d’investissement. Elles sont les conséquences de la lésion cérébrale. Les reconnaître permet d’adapter le travail le plus rapidement possible, sans juger la personne.

Vous souhaitez sécuriser une reprise de travail après une lésion cérébrale ? Retrouvez mes accompagnements en entreprise.

Un retour différent

Reprendre le travail ne signifie pas reprendre le même poste, les mêmes tâches, les mêmes habitudes.

Après une cérébrolésion, beaucoup découvrent l’importance des temps de récupération et de déconnexion. Même quand vous pensez que – d’accord – vous êtes irritable et fatigué en ce moment – mais quand même, les vacances peuvent attendre… (j’entends la petite voix dans votre tête).

Les soirées ne sont plus faites pour jeter un œil aux e-mails. Les week-ends ne servent plus à jongler entre les dossiers. Les vacances deviennent de vrais temps de repos. Une coupure stricte n’est pas du luxe et permet de mieux revenir. J’ai moi-même été confrontée à ce difficile apprentissage. Pendant longtemps, je pensais que ma valeur dépendait de ce que j’étais capable de produire. Aujourd’hui, je sais que respecter mes limites me permet d’accompagner les autres avec plus de justesse et de constance.

Ce changement demande du courage. Il suppose d’accepter ses limites sans les vivre comme un échec. J’y vois plutôt une nouvelle façon de prendre soin de soi. Un accident de vie invite souvent à replacer la santé au centre de ses choix. Sans pour autant renoncer à ses aspirations professionnelles – ou à ses ambitions, ce n’est pas un gros mot – il s’agit de donner à son travail une place plus juste. En séparant la vie professionnelle et la vie personnelle. En se choisissant. En se priorisant.

Quels sont les risques d’une reprise trop rapide ?

L’envie de prouver que l’on est capable peut conduire à dépasser ses capacités. Surtout dans les « bons moments » qui agissent en trompe-l’oeil. Avec une cérébrolésion, les sensations peuvent être trompeuses. Voilà le tableau : on se sent bien pendant quelques jours. Alors on accepte davantage de tâches. On rassure tout le monde en disant : « Oui, tout va bien. » Puis arrive le contre-coup, brutalement.

Je retrouve régulièrement ce schéma. Une personne se sent en forme et décide d’aller au-delà de ce qui était prévu. Pourtant, si le médecin préconise une reprise à 60 %, ce n’est pas par hasard – au-delà de la responsabilité engagée si un accident grave intervient. Ce rythme tient compte d’un équilibre prévu dans la durée. Respecter les recommandations médicales n’est pas seulement une question de prudence. C’est protéger sa santé et favoriser une reprise qui ne soit pas de la survie.

Enfin, il y a un dernier conseil que je donne systématiquement : ne restez pas seul. Parlez avec vos proches. Échangez avec votre médecin, le médecin du travail, votre employeur. Rapprochez-vous du référent handicap ou des professionnels autour de vous qui peuvent vous aider. J’ai appris qu’il n’y a rien de plus difficile que d’essayer de tout porter seul. À l’inverse, accepter d’être accompagné est souvent le premier pas vers une reprise mieux cadrée et plus sereine.

Reprendre sa place… autrement ?

Revenir travailler après une lésion cérébrale, un accident de la vie, ce n’est pas retrouver exactement la personne d’avant, le poste d’avant. C’est apprendre à connaître celle que l’on est devenue… et à rencontrer ce qui nous attend. Cette étape demande du temps, de la patience et beaucoup de bienveillance envers soi-même.

Avant mon AVC, je vivais pour travailler. Je pensais que c’était ce que tout le monde faisait. Ce qui était, point. Je voulais réussir… être forte. Je ne m’autorisais pas vraiment à écouter mes limites, à « débrancher ». Je pense que ce n’est pas un hasard si je retrouve cette exigence chez beaucoup de personnes que j’accompagne. Elles veulent rassurer leur entourage, (se) prouver qu’elles sont toujours capables, parce que, dans le cas contraire, ont-elles toujours de la valeur ? Ce doute est profondément humain. D’autant plus dans notre société qui priorise le FAIRE à l’ÊTRE. Mais un accident de vie nous invite parfois à revoir nos priorités. J’ai appris – inspirée par l’éthique du Care – que prendre soin de soi n’est pas un frein à la réussite. C’est ce qui permet de durer, sans se trahir.

Si je devais transmettre un seul message, ce serait celui-ci : vous n’avez rien à prouver. Votre valeur ne se mesure ni à votre vitesse de reprise ni au nombre d’heures que vous êtes capable de travailler.

Et si la réussite ne consistait plus à faire autant qu’avant, mais à construire une vie professionnelle compatible avec votre santé, vos envies et votre nouvel équilibre ?

Vous préparez votre reprise après un accident de la vie ? Découvrez les étapes pour préparer un retour au travail après un arrêt longue maladie.

📌 L’essentiel à retenir pour une reprise réussie après une LCA :

  • L’apparence est trompeuse : Les séquelles d’une LCA (Lésion Cérébrale Acquise) sont majoritairement invisibles.
  • La fatigue cognitive est une alerte : Elle nécessite des temps de repos réels et planifiés.
  • La « bonne volonté » ne suffit pas : La motivation du salarié ne compense pas les conséquences d’une lésion cérébrale.
  • Priorité au dialogue : Identifiez ensemble les freins (bruit, interruptions, multitâche).
  • Sanctuarisez les aménagements : Respectez le cadre médical, même si « tout semble aller bien ».
  • Visez la durabilité : Il vaut mieux une reprise lente et pérenne qu’un retour rapide suivi d’une rechute.
  • Le retour est une étape de soin : La reprise du travail fait partie du parcours, elle doit être justement dosée.

👋​ Qui suis-je ? Je suis Marine Chosson et j’ai créé L’AVanCée – ainsi que la méthode REACT – pour faciliter un (ré)accueil inclusif en entreprise. Après avoir subi un AVC en 2021, je me suis heurtée à la réalité du monde du travail quand il s’agit de réintégrer un collaborateur en situation de handicap invisible. Que vous soyez en Auvergne-Rhône-Alpes ou ailleurs, contactez-moi si vous avez besoin d’un accompagnement, d’une conférence ou d’une formation.

Sources

  • Réseau de la cérébrolésion TC-AVC Hauts-de-France. Lésions Cérébrales Acquises – Réseau de la Cérébrolésion.
  • Haute Autorité de santé (HAS). Accident vasculaire cérébral : parcours de rééducation et de réadaptation.
  • Assurance Maladie. Le temps partiel thérapeutique et la reprise du travail après un arrêt de travail.
  • Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Maintien en emploi et prévention de la désinsertion professionnelle.
  • Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles. Informations relatives au rôle du médecin du travail et aux aménagements de poste.

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